Le souffle

Les personnes qui ont fait tomber la peur de la mort ont su développer la confiance.

Il y a une analogie intéressante entre le souffle, qui s’exprime par le cycle d’inspirer et d’expirer, et l’âme qui passe par les cycles de l’incarnation et de la mort. Cette analogie n’est pas nouvelle, elle est au cœur de nombreuses traditions spirituelles depuis des millénaires. Et ce n’est pas un hasard, le souffle est peut-être la métaphore la plus universelle du cycle vie-mort.

Dans de nombreuses langues, le mot âme et le mot souffle sont le même mot. Par exemple, en hébreu c’est Neshama âme, qui vient de Neshima, respiration. En grec, c’est Pneuma, esprit, âme, qui signifient aussi souffle et vent. En sanskrit, c’est Prana, la force vitale, qui est littéralement le souffle. Enfin, en latin Anima, âme, qui vient de Animus, le vent, le souffle.

Ce n’est pas une coïncidence linguistique. C’est une intuition fondamentale, ce qui anime le corps, c’est ce qui souffle en lui.

Ainsi, cette analogie s’appuie sur la représentation qu’aucune phase n’est plus importante que l’autre. On ne peut pas ne garder que l’inspiration, de l’incarnation. L’expiration et la mort ne sont pas un échec, elle est la condition même de la prochaine inspiration ou incarnation.

Ce que cette analogie suggère, c’est qu’elle transforme radicalement notre rapport à la mort et la vie. La mort n’est pas une fin, c’est une expiration.

Quand nous expirons, nous ne perdons pas le souffle. Nous le libérons. Et dans ce lâcher-prise complet, quelque chose se vide, se repose, se prépare à recevoir à nouveau.

La peur de la mort ressemble alors à la peur qu’aurait le corps de ne plus jamais inspirer s’il expire. Cette peur est compréhensible, mais elle est, au fond, une méfiance envers le rythme de la vie elle-même. Ainsi, selon cette représentation, ce n’est pas l’âme qui meurt à la mort. C’est l’âme qui expire, qui relâche la forme qu’elle habitait.

Lorsque nous prenons conscience de cette analogie, nous prenons conscience qu’il y a un moment dans le souffle que l’on néglige souvent, c’est le silence entre l’expiration et l’inspiration suivante. Ce moment n’est ni vie ni mort. Il est entre. Suspendu. Vide, mais d’un vide plein de potentiel. Entre deux mouvements, il y a un instant, où nous sommes, ni celui qui inspire et ni celui qui expire. Nous sommes simplement ce qui est. Certains pratiquants disent que c’est peut-être l’expérience la plus proche de ce que l’âme vit entre deux incarnations.

Nous pouvons mieux comprendre l’importance accordée au souffle dans certaines traditions spirituelles, car, s’il est une image de l’incarnation, alors la qualité de ta respiration dit quelque chose de notre relation avec la vie et avec la mort.

On peut donc penser, dans cette perspective, que l’âme fait la même chose que nos poumons font, elle s’incarne comme on inspire, elle meurt comme on expire, elle se repose dans le silence entre les deux, et elle recommence, portée par un rythme plus vaste qu’elle, la pulsation même de l’existence.

La mort n’est pas la fin du souffle. C’est cette confiance paisible que l’inspiration suivante viendra.

Une chanson de Dhafer Youssef – Soupir Eternel

Les paroles en français sur http://espritsrebelles.canalblog.com/archives/2014/10/10/30727458.html

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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