Aphorismes de Tchouang-tseu

Tao

Les hommes connaissent tous l’utilité d’être utile, mais aucun ne connaît l’utilité d’être inutile.

*

– Qu’est-ce que l’ordre cosmique ?

Qu’est-ce que l’ordre humain ?

Demanda le seigneur du fleuve.

Jo, de la mer du Nord, lui répondit :

– Le cheval et le bœuf ont quatre pieds,

Voici l’ordre cosmique.

On passe une bride sur la tête du cheval,

Un anneau dans le museau du bœuf,

Voici l’ordre humain.

*

Une fois, moi, Tchouang Tseu, je rêvai

Que j’étais un papillon voletant de-ci, de-là,

Butinant, satisfait de mon sort et ignorant

Mon état humain.

Brusquement je m’éveillai et me retrouvai,

Surpris d’être moi-même.

A présent je ne sais plus si je fus un homme

Rêvant d’être un papillon

Ou si je suis un papillon rêvant d’être un homme.

Entre le papillon et moi existe une différence :

C’est ce qu’on appelle la mutation constante.

*

Ts’ui Kiu demanda à Lao Tseu :

– Comment améliorer les êtres sans les gouverner ?

– Soyez attentif à ne pas troubler leurs esprits,

Répondit Lao Tseu.

Car l’esprit de l’être humain est ainsi fait

Qu’il se sent opprimé par toute pression

Et exalté par toute incitation.

Opprimé, il se sent emprisonné.

Exalté, il peut commettre des ravages.

Souplesse et gentillesse l’emportent

Sur la dureté et la violence

Qui gèlent comme la glace ou brûlent comme le feu.

*

Un apprenti du voleur Tche lui demanda:

– La voie du Tao existe-t-elle chez nous?

– Bien sûr, lui répondit-il.

Par la sagesse on trouve le magot.

Avec courage on s’y rend le premier.

Avec héroïsme on se retire le dernier.

Par la prudence on a calculé si l’entreprise était possible ou non

Et avec justice on partage le butin.

Un grand voleur doit posséder ces cinq qualités.

Tchouang-tseu dans Aphorismes

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