La lumière qui émane de l’intérieur

Il existe une lumière qui ne descend pas d’en haut, mais qui naît entre deux êtres qui se regardent vraiment. L’empathie n’illumine pas de loin, elle éclaire de l’intérieur, par petite contagion, quand un regard cesse de juger pour simplement accueillir.

Avant d’être un sentiment, l’empathie est un passage, un mouvement hors de soi vers l’expérience d’un autre. Elle exige qu’on quitte, ne serait-ce qu’un instant, la certitude tranquille de son propre point de vue pour habiter, même partiellement, la douleur ou la joie de quelqu’un d’autre. Ce déplacement est un acte de courage invisible, il n’a rien d’un exploit visible, et pourtant, il déplace des montagnes intérieures.

La compassion vient ensuite, comme un prolongement naturel, elle ne se contente pas de comprendre, elle veut soulager. Là où l’empathie ouvre une porte, la compassion s’y engage.

Une communauté est un regroupement d’individus, elle est un tissu de regards qui se croisent, se soutiennent ou même, parfois, s’ignorent. Quand l’empathie y circule, quelque chose de structurel change. La méfiance se dissout. Là où chacun craignait d’être jugé, un espace de confiance se crée, on ose montrer sa fatigue, son doute, sa fragilité, sans craindre d’être diminué pour cela.

Les marges se rapprochent du centre. Ceux que l’indifférence avait repoussés aux bords, les personnes isolées, les personnes différentes, les personnes silencieuses, retrouvent une place, non par charité condescendante, mais par reconnaissance mutuelle de leur dignité.

La parole devient possible. L’empathie ne résout pas les conflits, mais elle change la manière dont on s’y affronte, elle permet de désaccorder sans détruire, de contredire sans humilier.

Le sens du collectif prend de la consistance. Une communauté traversée par la compassion cesse d’être un simple agrégat d’intérêts, elle devient un lieu où l’on peut, réellement, compter les uns sur les autres.

Cette clarté n’a rien d’éclatant ni de spectaculaire. Elle ressemble davantage à ces lumières qui filtrent à travers un voile, discrètes, patientes, mais capables de réchauffer durablement ce qu’elles touchent. Elle ne cherche pas à dissiper toute obscurité d’un coup, elle avance pas à pas, geste après geste, écoute après écoute.

C’est peut-être là sa vraie nature, une lumière de seuil, qui ne s’impose jamais, mais qui, une fois franchie, transforme durablement la manière dont une communauté se tient, ensemble, dans sa fragilité comme dans sa force.

Une chanson de Peter Gabriel – In Your Eyes 

Les paroles sur https://www.lacoccinelle.net/260781.html

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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