
Comment naître à l’Amour ? « Si nous voulons savoir par exemple -écrira Heidegger- ce que veut dire nager, nous ne l’apprendrons jamais d’un traité sur l’art de nager. C’est le saut dans le fleuve qui nous le dira. »
Il en est de même pour aimer. Aucune lecture ne pourra nous enseigner sur ce point. Tous les discours demeureront inopérants : il faut plonger dans l’océan de l’Amour. Quand on a plongé on ne songe plus à revenir à la surface ou à cheminer sur les rives. L’homme parvient à l’amour dans la mesure où il prend conscience de sa dimension de profondeur, c’est-à-dire de son cœur.
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« Un homme noble partit pour un pays lointain afin d’y obtenir un royaume et il revint ensuite » (Luc XIX, 12). Maître Eckhart consacre un sermon à ce thème : « De l’homme noble » dans lequel, en s’inspirant du De vera religione de saint Augustin, il décrit les six degrés de l’ascension de l’homme intérieur. Au niveau ultime l’homme se purifie de toutes les images appartenant au monde éphémère. Il les considère comme des scories, et ne conserve que la véritable image, celle du Fils de Dieu en qui il devient fils dans le cœur du Père. Par la lumière de l’âme, l’homme acquiert une connaissance de Dieu et à travers lui de toutes les créatures. Le texte de Maître Eckhart est ici d’une grande importance à propos de la perfection de la connaissance. Connaître la créature en elle-même est appelé une connaissance « vespertinale ». Dans ce cas les créatures sont vues à travers des images et dans leurs multiples distinctions. Au contraire, connaître les créatures en Dieu par une connaissance « matutinale » permet de les percevoir dans l’unité de l’Un. L’homme noble est appelé ainsi car il est devenu un « et reconnaît Dieu et la créature dans l’Un ». L’homme noble retrouve son état naturel, la grandeur de son premier état. Ce retour vers son origine est béatitude, entrée dans l’éternité. L’homme noble puise ainsi toute sa vie en Dieu et non dans sa connaissance ou sa contemplation qui en sont issues. À ce degré Dieu est né en l’âme et l’âme est née en Dieu. Telle est la plus grande métamorphose qui puisse arriver à l’homme, celle de son unité parfaite : « Un avec l’Un, un de l’Un, un dans l’Un et, dans l’Un, un éternellement. »
Marie-Magdeleine Davy (1903-1998) est docteur en philosophie et en théologie, elle a eu une vie de chercheur universitaire au CNRS, où comme spécialiste du latin médiéval, elle a traduit les textes des mystiques du douzième siècle et publié sur la symbolique romane.
Marie-Madeleine Davy dans L’homme intérieur et ses métamorphoses
Une pièce musicale de Anouar Brahem « The Astounding Eyes Of Rita »
